Le blog des consultants Lecko

Le long parcours de la transformation interne des entreprises

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No pain, no gain.

Chaque entreprise a ses spécificités, son propre ADN. Mais le gène commun qui unit les porteurs du changement (en particulier dans les entreprises dites “traditionnelles”) se retrouve dans la difficulté à faire bouger les lignes, à mettre en mouvement l’organisation. Souvent, les gardiens du temple veillent minutieusement à faire respecter l’ordre établi et ne laissent pas facilement les agitateurs d’idées venir perturber les processus et routines ancestrales (théorème du singe).

Ancrer de nouvelles pratiques managériales et collaboratives dans le quotidien, créer le climat de confiance nécessaire au changement : tout cela peut prendre beaucoup de temps. On ne voit pas toujours immédiatement les effets de ce travail de longue haleine et qui pourtant peut être très gratifiant pour les porteurs du changement qui arrivent à impulser de nouvelles dynamiques collaboratives.

Depuis quelques mois, une certaine frustration trouve un écho important dans plusieurs articles qui fleurissent sur la Toile pour dresser un bilan sombre de la transformation interne des entreprises. Petit florilège sur Le PointForbesLe FigaroL’ExpressLa Tribune, ou encore BFM Business.

Les auteurs de ces articles s’appuient assez largement sur les mêmes sources pour asseoir leur constat :

ll faut bien l’avouer, les entreprises peuvent parfois être déçues par l’écart entre les promesses initiales et le résultat court-terme observé. Nous vivons pourtant une époque effervescente en matière d’innovation, donc a priori propice au changement. Époque dont l’une des spécificités est la croissance rapide du nombre de licornes, celles-là mêmes qui nourrissent le fantasme où tout le monde serait un disrupteur en puissance, capable de dynamiter n’importe quel marché. D’où — parfois — une certaine déception quand on se regarde dans le miroir car, en réalité, n’est pas disrupteur qui veut ! Toutes les incantations du monde n’y changeront rien.

On peut aussi se poser la question de savoir si on utilise le bon thermomètre pour prendre la température du supposé malade :

  • Le choix des indicateurs pris en compte pour affirmer de façon définitive qu’un projet est un échec (ou une réussite) est important, pour bien mesurer le niveau d’adoption et d’engagement des collaborateurs
  • La récurrente confusion entre modernisation des outils numériques et réelle transformation (de la culture, des usages, …) est également une source de désenchantement au moment de faire le bilan.

L’innovation ne se décrète pas

De la même manière que la collaboration n’est pas si naturelle que cela en entreprise, l’innovation, elle, ne se décrète pas. Est-ce que la mise en place d’un Lab ou d’un Incubateur garantit réellement de booster les innovations ? Pas si sûr… D’après l’étude “The Innovation Game” publiée en 2015 par Capgemini Consulting, environ 80 à 90% des centres d’innovation échouent et finissent par être un gaspillage massif de ressources.

En réalité, les meilleures idées fleurissent souvent là où on ne les attend pas, en dehors de tout processus ou cadre formel. L’innovation appelle la transgression. Les incantations, quant à elles, nourrissent la déception.

Mais ces centres d’innovation ont au moins le mérite d’impulser un état d’esprit qui fait basculer l’entreprise de l’ère du “il est interdit d’échouer” à l’ère du “il est interdit de ne pas essayer”. Ils jouent le rôle de catalyseur et contribuent activement à ce travail d’acculturation indispensable.

D’ailleurs, nul besoin d’attendre l’idée révolutionnaire qui ne viendra peut-être jamais… La stratégie des petits pas a cela de rassurant. Car un des enjeux de la transformation interne est aussi de déceler ces petites “pépites” ou bonnes pratiques déjà mises en oeuvre. Ces initiatives passées sous le radar de l’organisation et qui ont été mises en place localement (dans une filiale à l’autre bout du monde, dans une usine, au sein d’une équipe lambda…). Idées qui, si elles étaient répliquées à plus large échelle dans l’entreprise, permettraient déjà à elles seules de dégager un retour sur investissement (économies d’échelles au niveau des Achats, amélioration de processus de fabrication dans des usines, économies de maintenance sur des machines, …).

L’autre véritable challenge pour nos entreprises traditionnelles nées bien avant la notion de “start-up” ? Permettre aux agitateurs d’idées de transgresser l’ordre établi en portant des initiatives qui sortent du cadre, et qui pourtant feront peut-être l’innovation disruptive de demain. Les gardiens du temple au sein de feu l’empire Kodak pourraient en témoigner… Et ils sont loin d’être les seuls à peupler le cimetière des rendez-vous manqués.

(English version available on LinkedIn)

Jonathan Gracieux

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