26,2 milliards de dollars

« LinkedIn by Microsoft », The Empire Business

Lundi 13 juin 2016, 14h30 heure de Paris. La pause déjeuner est terminée depuis un bout de temps maintenant, autour de moi on parle travail, keynote d’Apple et bien sûr pronostics des matches Espagne-République Tchèque et Belgique-Italie de l’Euro. Puis, le choc, la claque, le tsunami sur la toile : Microsoft et LinkedIn, le deal est scellé ! Premières impressions à chaud depuis la fenêtre de Lecko dans cet article.

 

Vive nos données !

Vous n’allez sûrement pas l’apprendre en lisant cet article, Microsoft a cassé la plus grosse tirelire de son histoire pour s’offrir LinkedIn. 26,2 milliards de dollars sur le chèque ! Une sacrée valorisation et somme pour l’entreprise agée de 14 ans que tout le monde connaît et dont l’action avait moins la cote depuis quelques temps. Loin d’être un spécialiste de l’économie numérique (ou de l’économie tout court) et en toute humilité, la première idée qui me vient en tête est : ceci n’est pas qu’un rachat de technologie et/ou de marque (comme ont pu l’être Yammer ou Skype). En effet, Microsoft est, me semble-t-il, bien armé depuis quelques années sur les fonctionnalités à nu qu’embarque LinkedIn (search, profils, flux, espaces communautaires, fonctions sociales, etc.), sur l’infrastructure Cloud, la sécurité… Alors, pourquoi racheter 196$ l’action de LinkedIn ?

 C'est Noël.jpg

Noël avant l’heure pour Microsoft

La deuxième idée arrive assez vite : ceci est principalement un rachat de données, de capital social et de potentiel plus large que la technologie elle-même. 433 millions d’utilisateurs dans 200 pays qui partagent depuis plusieurs années leurs expertises, expériences, veille et autres articles Pulse, qui cherchent / trouvent des opportunités professionnelles… Une extraordinaire mine d’or, sans concurrence aucune, dans le jardin Microsoft. Vient alors une division assez simple et le questionnement suivant : “60,50$, est-ce vraiment ce que valent mon profil, mes données, mes activités au sein du réseau professionnel, mon potentiel (que je sois futur client, futur employé, etc.) ?”.

Les synergies
Que va donner cette association ? Les paris sont ouverts

 

Vers une synergie des graphs ?

Pas de nouveau MacBook ni autre iPhone 7 d’annoncé, mon appétit se tourne vers ce mastodonte de la donnée qu’est en train de devenir Microsoft. En me permettant une traduction approximative de l’anglais, le message que je retiens en premier lieu de cette annonce par Satya Nadella (CEO de Microsoft) est la volonté de “créer des synergies entre LinkedIn et les outils de productivité et de collaboration comme Office 365 ou Dynamics”. Le ton est donné, même si la synergie sous-jacente est celle de la donnée, bien entendu. Sacré coup pour Google au passage. Pour Facebook aussi. Dans une moindre mesure, pour Salesforce, même si le partenariat grandit entre Microsoft et l’éditeur (souvenez-vous, la Dreamforce en septembre 2015…).

Chez Lecko, nous préparons notre prochaine étude à propos de l’offre collaborative Microsoft Office 365, indéniablement nous aborderons la question de l’Office Graph, le système de gestion d’activités qui collecte et agrège les données d’interaction entre les utilisateurs d’Office 365 pour en faire une base exploitable. Il faudra prochainement inclure dans les réflexions le “LinkedIn” Graph et surtout l’association des deux. Utilisateurs de LinkedIn, nos données seront prochainement hébergées sur Azure (le socle cloud de Microsoft) et “moulinables” par l’éditeur, au même titre que les données des utilisateurs d’Office 365.

Dans notre dernier état de l’art des Réseaux Sociaux d’Entreprise (téléchargeable gratuitement via ce lien, en vous connectant – et oui – à LinkedIn), nous exprimions que la richesse du social interne à une organisation se trouve dans l’intelligence extraite d’un capital qui transite chez les éditeurs de ces solutions (dont Microsoft), et qui permet de construire des systèmes intelligents proposant de l’information et des mises en relation pertinentes en fonction d’un contexte donné. Ceci s’applique à l’Office Graph mais aussi au LinkedIn Graph.

Aperçu de l'étendu des graphs

Microsoft Graph + LinkedIn Graph, le nouveau cocktail auquel nous goûterons ces prochaines années ?

Imaginez la puissance des systèmes intelligents pouvant être construits pour outiller des besoins de CRM Social (en couplant LinkedIn à Dynamics), pour stimuler l’innovation ou tester des produits sur le terrain B2B le plus vaste du monde, pour faire appel à la bonne expertise au bon moment sur un projet donné en réduisant les temps de recherche et en accentuant la pertinence des profils trouvés… Décideurs, Commerciaux, Ressources Humaines, Métiers… Pour toute l’entreprise, pour son équipe, pour soi… Tous (et à tous les niveaux) auraient des bénéfices à tirer de l’articulation entre les univers LinkedIn et Microsoft.

Nous n’en sommes pas encore là, mais cette annonce stimule notre imagination sur les cas d’usages sociaux à long terme, générateurs de valeurs plus seulement palpables à l’intérieur d’une entreprise, mais sur toute la chaîne des activités de cette dernière. Cependant, n’oublions pas que l’Empereur de la donnée ici, c’est l’éditeur. Ce “capital social” (interne et maintenant externe) dont il est question est encore prisonnier de ce dernier. Comment avoir la main sur ce large capital pour l’exploiter et le mettre au service des processus de son organisation ? Difficile de ne plus être captif…

Ce besoin de liberté commence d’ailleurs légèrement à se faire sentir dans le grand public : jetez un oeil au mot-clé #LinkedInOut… Même si la recherche d’alternatives aux “GAFAM” (Google Amazon Facebook Apple Microsoft) n’a pas attendu l’annonce de lundi pour se mettre en marche. Le problème reste inchangé : la gratuité d’un service se paie avec nos données.

 

L'entreprise doit payer pour être libre

Le capital social est détenu par les éditeurs

 

“LinkedIn@Work” ?

A travers notre prisme Lecko et de par nos activités, un des sujets qui nous intéressent est bien entendu l’univers “Réseau Social d’Entreprise”. Maintenant que Microsoft dispose du plus important annuaire social B2B du monde et compte tenu de la réputation de LinkedIn, difficile de ne pas réfléchir à un équivalent de ce réseau qui engloberait les collaborateurs internes d’une entreprise disposant de la suite Office 365.

En capitalisant sur les usages développés depuis quelques années par une masse énorme d’utilisateurs, la marque du produit… En le déclinant en interne (et/ou en créant des passerelles avec l’existant), peut-être que certaines interrogations sur l’intérêt d’une plateforme réseau social pour une entreprise tomberaient, que l’intérêt grandirait, que les usages s’envoleraient. Oui, de manière assez basique on peut remplacer “LinkedIn” par “Facebook” (et sa déclinaison interne “Facebook@Work”) dans ce paragraphe.

Avec ce scénario, sans y aller par quatre chemins, beaucoup de questions (encore) se posent : quid de Yammer sur le long terme ? Que va-t-il advenir du profil Yammer (que l’on doit compléter et mettre à jour à la main), qui est déjà en ballotage plutôt défavorable par rapport au profil Office 365 global, de plus en plus mis en avant (car plus proche de l’annuaire d’entreprise). Un profil issu de LinkedIn mettra-t-il tout le monde d’accord (même si la posture de valorisation de sa personne change suivant la nature interne ou externe du réseau social…) ? L’utilisation intelligente des graphs (Office et LinkedIn) permettra-t-elle (enfin) d’identifier et de solliciter la bonne personne au bon moment ? Comment l’aspect communautaire (déjà confus entre groupes Yammer, Office Groups, etc.) va-t-il évoluer avec l’univers LinkedIn ?

Yammer LinkedIn

Que va-t-il advenir de ces icônes sur mon téléphone ?

Attention, je ne suis pas en train d’annoncer la mort de Yammer et cela ne veut pas dire qu’il faut tout arrêter sur les projets associés ! D’autant plus que le sujet n’est pas là, il s’agit avant tout d’une question de pratiques, de culture collaborative/sociale et de capital à construire et réexploiter intelligemment (surtout ne pas prendre de retard), peu importe la technologie…

En revenant sur la première idée posée en début d’article, l’enjeu se situe aussi sur la mise en avant de la marque pour stimuler positivement l’utilisation d’un produit, ce qui se sent dans la stratégie de Microsoft. Sans s’étaler longuement sur le sujet, prenons l’exemple de Skype : Skype for Business (dans Office 365) n’est “que” le fruit du moteur de Lync (ancien système de messagerie instantanée de Microsoft) avec l’expérience utilisateur de Skype (racheté… 8,5 milliards de dollars – seulement – par Microsoft il y a presque 5 ans). Tout le monde comprend instantanément l’usage de Skype for Business, tout le monde connaît la marque Skype, on en a même créé un verbe (exemple : “je te laisse, je dois Skyper un client”). Pour Lync ou Communicator, c’était un peu moins clair. Certaines interrogations sont soulevées lorsque l’on évoque le nom de “Yammer” en entreprise. Qu’en serait-il si l’on abordait les usages inhérents en employant la marque “LinkedIn” ?

Le sujet est vaste et passionnant, ce ne sont que de premières impressions, qui plus est focalisées sur les aspects de la donnée et d’intégration LinkedIn / Microsoft (Office 365 et Dynamics) sur un fond d’usages de collaboration.

I'm in the Empire Business

« I’m in the Empire Business »

Beaucoup de vidéos, points de vue et articles pertinents ont été publiés à ce sujet. Ce billet n’a pas la prétention de viser l’exhaustivité et encore moins de graver des conclusions définitives dans le marbre ! Vos commentaires et avis sont les bienvenus. Sollicitez-nous pour échanger ! Nous vous donnons rendez-vous après l’été pour la sortie de la nouvelle étude Lecko sur l’offre collaborative de Microsoft 😉

2 réponses
    • Bastien Le Lann
      Bastien Le Lann says:

      Bonjour Alexis,

      Merci pour votre retour et ce partage. Effectivement, sans sortir la boule de cristal, quelques idées :

      – Courts termes (2016 / 2017) : il n’y en a pas ou peu. Même si en 2016, les chamboulements viennent de tous les côtés entre Slack qui se démocratise de plus en plus, Facebook@Work qui continue à être agressif et à susciter le buzz… Indirectement, une telle annonce entraîne beaucoup d’échanges et de points de vue, ainsi qu’une sorte d’attentisme qui va progressivement se mettre en place je pense…

      – Moyen terme (2018 ?) : des synergies créées entre les écosystèmes internes / externes. Je vous recommande la lecture du billet d’Alain Garnier (CEO de Jamespot, éditeur français) : http://www.jamespot.com/fr/blog/2016/06/14/la-surprise-microsoft-soffre-linkedin/, particulièrement les trois cas d’uberisation.

      – Long terme (2020 ?) : je parlais d’une sorte de confrontation possible entre un Yammer et un LinkedIn@Work (sur le modèle Facebook@Work), mais à mon sens la réalité est que le social devient une commodité, dans toutes les briques d’un paysage collaboratif. Le social pénètre les applications de productivité, le documentaire, etc. Il existe de moins en moins d’endroits uniques où l’on fait du social. Donc la question long terme est, pour moi : arriverons-nous à créer des systèmes intelligents qui tireront enfin profit des outils numériques internes et externes ? La transformation n’est viable que si on l’applique sur toute la chaîne…

      Qu’en pensez-vous ?

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